Un puits pour Gamni

Gamni est un village dogon très ancien situé au sommet d’une colline pierreuse et surplombé par une immense falaise de plusieurs centaines de mètres de hauteur. Au dernier recensement, il comptait 1 098 habitants répartis dans quatre hameaux proches les uns des autres. Gamni est réputé pour ses guérisseurs traditionnels « redresseurs de bossus ». En août dernier, nous y avons rencontré un malade venu  de Bamako, situé à 900 kilomètres de là, pour se faire soigner. Quand il était arrivé, ses jambes ne le portaient plus, il ne sentait plus ses pieds et ses bras étaient quasiment paralysés. Après deux mois de soins, il se tenait debout seul, appuyé sur une canne ; et il était rayonnant, certain qu’il allait pouvoir bientôt marcher à nouveau.

La vie est particulièrement difficile pour les habitants de Gamni. Les environs du village ne sont guère cultivables car ils sont parsemés de pierres et de rochers de toutes tailles. Les villageois doivent donc descendre dans la plaine pour cultiver leurs champs. Certains font l’aller-retour chaque jour, d’autres restent sur place, vivant dans des abris de fortune.

Pendant la saison sèche, beaucoup de villageois travaillent le coton : les femmes filent et font la teinture tandis qu’une centaine d’hommes font le tissage. Cette activité, peu lucrative, est délaissée par les plus jeunes qui quittent le village après les récoltes pour aller travailler au loin, à Bamako pour la plupart d’entre eux.Tisserands_de_Gamni

Cet exode saisonnier est aggravé par les problèmes d’eau. Les quatre quartiers s’approvisionnent à trois points d’eau alimentés par des sources dont le débit diminue au fil de la saison sèche. Au moment de ma visite en février dernier, il fallait une demi-heure pour remplir un seau en raclant la roche avec une calebasse. Cette rareté de l’eau provoque de vives tensions et il n’est pas rare qu’une tierce personne doive intervenir pour séparer deux femmes qui revendiquent la priorité. La situation du village s’aggrave à partir de mars car les trois sources sont taries. Il faut alors aller chercher l’eau au puits de Dianwéli Maoundé, ce qui représente un trajet de trois heures de marche. Le trajet retour est particulièrement éprouvant car il faut remonter au village en portant un seau lourd de quinze litres d’eau par un chemin escarpé et rocailleux. Pour éviter l’affluence et les conflits qui en résultent avec les femmes de Dianwéli Maoundé, les femmes de Gamni vont chercher l’eau après leurs travaux de filage du coton très tard le soir ou se lèvent bien avant l’aube, à trois heures du matin.

 

En_attendant_leau__GamniDescente_dans_la_source__Gamni Source_Gamni_3

                         

Les villageois ont essayé de creuser un puits il y a quelques années, mais ils sont rapidement tombés sur une roche très dure qui a résisté à leur barre à mine. Ils nous ont contactés en août 2010 par l’intermédiaire du maire de la commune de Dianwéli, Oumar Ongoïba, dont dépend leur village. Moussa estime que la nappe phréatique n’est pas trop profonde et qu’elle devrait être atteinte avec un puits de vingt mètres pour un coût de 13 125 000 francs CFA (20 000 euros environ).

La réalisation de ce projet a été décidée à notre assemblée générale du 30 septembre 2011 et les travaux ont commencé en novembre 2011.

 
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